De l’inconfort de changer de vie

J’ai quitté le monde du salariat en septembre dernier. Quitté, uniquement sur le papier. Je prends conscience que, dans mon cas, le processus va durer un peu plus longtemps que « prévu ».

Un voyage de mille kilomètres commence toujours par un premier pas – Lao Tseu

Depuis cette rupture, ma principale envie est de prendre le temps, retrouver un rythme, être de concert avec la vie. Et cela n’est pas si évident quand on a vécu longtemps de manière déphasée en passant beaucoup trop d’heures dans les transports, vivant dans une agitation stérile et enchaînant les printemps et les étés pour suivre le rythme effréné des choses “à faire”. J’y ai perdu des points de vie. Je me demande comment j’ai pu tolérer si longtemps cela. Aujourd’hui, je pose l’intention de laisser de la place à mes automnes et mes hivers que ce soit dans mes journées, dans mes projets, dans ma vie.

Aux personnes qui ont souhaité résoudre “mon problème”…
Aux personnes qui ont associé mon “état” à de l’égoïsme…
Aux personnes qui ont détourné leur regard car je n’étais pas assez positive pour eux…
Aux personnes qui ont projeté leurs propres peurs sur ma situation…
Aux personnes qui ont remis en question ma sensibilité…
Je vous adresse a posteriori un grand MERCI. Merci pour vos points de vue, vos solutions, vos absences, vos conseils, vos mises en garde. Tout cela m’aide à faire du tri et à garder ce qui est important pour moi dans ce nouveau départ. Et j’ai envie de vous dire “MERDE” aussi. On ne change pas de vie en claquant des doigts, on ne prend pas un virage sans lever le pied. Chacun doit trouver son propre rythme, ses propres solutions, il n’y a pas d’optimisation possible dans un processus de deuil, car cela en est un. Fin de onze années de salariat, fin de relations professionnelles et personnelles et voire même fin de sédentarité parisienne. Tout cela que j’accueille seule. Et j’en prends conscience en écrivant ces mots.

Les nouveaux commencements sont déguisés en fin douloureuse – Lao Tseu

Je fais de mon mieux, jour après jour, pour recouvrer mon énergie que je pensais intarissable il y a encore quelques années. J’embrasse comme je peux ce sentiment d’inconfort, d’être limitée physiquement et psychologiquement. Je donne ce que je peux mais certainement pas autant qu’avant. Le terme pro-activité s’est effacé de mon vocabulaire.

Aux personnes qui m’accueillent telle que je suis…
Aux personnes qui ne me jugent pas pour mes silences…
Aux personnes qui prennent le temps de partager…
Aux personnes que mes pensées arborescentes enchantent…
Aux personnes qui m’encouragent avec douceur…
Aux personnes qui respectent mes limites fraîchement définies…
Et au-delà de tout, aux personnes qui font confiance en ma capacité à construire mon propre chemin… j’ai, pour vous, une reconnaissance infinie.

Retour vers le présent

J’ai publié ce billet d’humeur le 19 mai 2019 sur mon profil Facebook et celui-ci a été plébiscité et relayé. Récemment après l’avoir relu, je l’ai partagé à une amie qui traverse une période similaire… et je me suis dit qu’il avait toute sa place sur ce blog, c’est l’un de mes premiers articles, un de mes premiers pas, vers une vie à ma mesure.

Changer de vie demande du courage, et d’embrasser le fait de se sentir seul car peu de personnes peuvent accueillir pleinement ce qui se passe chez vous sans jugement, sans essayer de sous-estimer ce que vous vivez ou de trouver des solutions. Entourez-vous de douceur par tous les moyens, enveloppez en chacune de vos cellules comme on borde un enfant. Quand elles se réveilleront après un repos plus ou moins long, et qu’elles seront de nouveau enclines à se frotter à la vie, elle vous le diront.

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Crédit photo Nick Abrams via Unsplash

3 commentaires sur “De l’inconfort de changer de vie

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  1. Que de belles pensées et pleines de sens aussi pour moi en ce moment… Le virage, je j’ai pris au frein à main, malgré l’avoir vu arriver… Dernier coup de gaz avant de reprendre une belle trajectoire paisible et epanouissante. Merci pour ce que tu m’as donné et ce que tu me donnes.. À très bientôt…

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  2. Bonjour Anne , on s’est rencontré furtivement à la visite de l’Agora à ses débuts .. Donc on ne se connaît pas vraiment .. Je trouve merveilleux votre article sur votre virage … Plein de vérité et de bon sens .. J’espère que vous avez bien pris soin de vous et avez cheminé à votre rythme à l’écoute de votre guidance intérieure .. ce qui n’est pas toujours une mince affaire .

    Cela me ferait plaisir d’avoir des nouvelles de votre cheminement , si cela n’est pas indiscret !

    Bien à vous Gisèle

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  3. Bonjour Anne.

    De temps en temps, je passe sur ton blog, et apprécie bien de lire ton fil d’actualité que ce soit ici ou Facebook.
    Je réagis peu sur les réseaux, mais voilà, j’écris pour te remercier de ce partage. Bien qu’on ne se connaissent pas et que je ne connaissais pas « l’avant », un renouveau tel que celui-ci est une joyeuse nouvelle. Nous nous sommes jamais croisés mais lors d’un de tes écrits, j’avais lu le mot « reconversion », ce qui m’a fait faire le rapprochement; avec un petit doute, certes, et un grand intérêt. Les changements de vie, l’accueil de la sérénité, et le respect de soi sont toujours hm, « comfortables » à lire. Ce billet ne m’est donc pas tant surprenant (désolé de le dire ainsi, ha), il fait cependant entièrement écho car moi aussi, ça m’est tombé dessus il y a de cela plus de neuf mois à la suite d’une accélération surtout pendant quatre ans, accompagné d’un épuisement cognitif intense.

    Ce que tu écris, même si les causes et le contexte est différent … j’ai l’impression de me lire (le billet est par ailleurs, oh, si bien écrit). Par contre, je découvre deux aspects passés inapperçus pendant mes mois entiers hors du temps et, initialement, de toute compréhension: la douceur. La douceur étant en partie acquise depuis le début, fort heureusement (comme une rupture évidente: j’arrête tout, je pars avec la douceur, hop), je n’avais pas perçu la capacité qu’a la douceur de me transporter au fil du temps et agir ultérieurement – au delà du moment préent – ni la douceur qui se développe selon la façon dont on la regarde. Le second, est le deuil et son temps nécessaire car c’en est un et merci infinement de l’écrire. J’ai fondu en larmes sur ces mots, peut-être parce que je n’osais me l’avouer pendant tout ce temps. Et absolument, sans possibilité de l’accélérer ni pour soi, ni pour les autres.

    J’imagine que toi aussi, tu n’avais pas ou peu de repères quand c’est arrivé, que tu as juste su que c’était à faire, et à la découverte de ceux-ci au fil du temps, par toi-même, en écoutant le langage du corps, l’intuition, en effleurant le souvenir des expériences passées et de ses répercussions, tu as eu le sentiment de développer presque un nouveau sens, sentir ce qui est source potentielle de stress, mais surtout une nouvelle capacité à respecter sans exception tes propres limites? (Respire) Ma question est probablement très abstraite et sûrement personnelle, mais voilà: avec ces repères, cette connaissance de toi beaucoup plus accrue, à quel moment/comment as-tu su que tu étais en mesure d’emprunter cette nouvelle voie? Une fois solidement « remise en état », si je puis dire? T’es-tu lancée dans des débuts de recherche même pendant cette période lente / sereine?

    Ce que j’aime aussi dans ton billet, c’est qu’il montre que se remettre d’une période aussi difficile ne signifie pas reprendre la vie où elle en était, contrairement à ce que semblent indiquer beaucoup trop de bouquins sur le sujet, ni avec plus de précaution, mais d’en changer sur bien des aspects et pas seulement sur le papier, avec précaution.

    Mes excuses pour la longueur, les mots se raccourcissent difficilement.

    Des pensées sereines,
    Sébastien

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